⚜Le Québec moderne s’est longtemps décrit comme une société sociale-démocrate et généralement plus progressiste que bien d’autres juridictions en Amérique du Nord. Mais comment les Québécois eux-mêmes situent-ils leurs opinions politiques sur l'échiquier idéologique aujourd’hui ?
Se considèrent-ils davantage à gauche, au centre ou à droite?
Le plus récent sondage québécois de Pallas Data, mené en juin dernier, a posé la question directement aux répondants :
« Dans le contexte de la politique québécoise, diriez-vous que vos opinions politiques se trouvent généralement à gauche, au centre-gauche, au centre, au centre-droite ou à droite ? »
Pour cette analyse, les répondants ayant choisi « Incertain » (9 % de l'échantillon) ont été exclus afin de ne conserver que les personnes s'étant elles-mêmes situées sur le spectre politique.
Commençons par le portrait d'ensemble, puis nous explorons les perceptions des différents clans partisans au Québec.
Le premier constat est celui d’une forte concentration autour du centre.
En effet, près des trois quarts des répondants situent leurs opinions entre le centre-gauche et le centre-droite, tandis que seulement un quart s’identifient à l’un ou l’autre des pôles idéologiques.
Le centre constitue à lui seul la réponse la plus populaire (30%), devant le centre-gauche (25 %). Puis viennent, à égalité statistique, la gauche (19%) et le centre-droit (18%).
Les répondants s’identifiant franchement à droite demeurent relativement peu nombreux, avec seulement 8%.
En attribuant une valeur de 1 à « à gauche » et de 5 à « à droite », la moyenne pondérée des répondants à l’échelle québécoise s'établit à 2,7 (où 3,0 est le centre). Les Québécois se décrivent donc comme des centristes, avec un léger penchant vers la gauche.
Regardons maintenant les données selon les clans partisans.
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Libéraux et caquistes se définissent au centre
Parmi les cinq principaux partis, ce sont les électeurs du Parti libéral et de la Coalition avenir Québec qui se définissent le plus volontiers comme centristes.
Au PLQ, 41 % des répondants choisissent spontanément le centre. À la CAQ, cette proportion grimpe à 44 %, la plus forte proportion de tous les partis.
Malgré les racines plus conservatrices qu'on attribue parfois à la CAQ (qui a absorbé la défunte ADQ peu avant l’élection de 2012), très peu caquistes s'identifient eux-mêmes comme étant « à droite » (4 %).
Une explication possible de cette absence d’électeurs à droite à la CAQ ? Plusieurs ont déjà migré vers le PCQ d’Éric Duhaime. Nous y reviendrons plus bas.
Les électeurs du PQ se définissent au centre-gauche
Depuis quelques années, plusieurs observateurs évoquent un possible déplacement du Parti québécois vers la droite de l’échiquier sur certains enjeux politiques. Certes, ce positionnement n’est pas unidimensionnel : la droite économique et la droite identitaire ne concordent pas toujours. De plus, le Parti québécois se définit depuis longtemps comme une coalition d’électeurs d’abord et avant tout souverainistes, et non idéologiquement campés d’un côté ou de l’autre du spectre.
Le présent sondage ne permet évidemment pas de déterminer où se situe le Parti québécois sur l'échiquier politique. En revanche, il révèle comment ses électeurs se perçoivent eux-mêmes — et les données montrent un penchant clair vers le centre-gauche.
En effet, une pluralité des sympathisants du PQ se situent au centre-gauche (38%), tandis que 26 % choisissent le centre. De plus, plus d'un électeur péquiste sur deux (52%) s'identifie à gauche ou au centre-gauche. Ces résultats contrastent avec l'idée, souvent avancée ces dernières années, selon laquelle la base péquiste se serait déplacée vers la droite.
Or, même si une fraction non négligeable de 23% d’électeurs péquistes s’identifient à droite du centre, la base péquiste penche décidément à gauche dans son auto-identification.
QS et PCQ : des pôles idéologiques bien définis
Les résultats de Québec solidaire et du Parti conservateur du Québec sont, eux, beaucoup moins surprenants.
Chez QS, 87 % des électeurs se disent de gauche ou de centre-gauche. De l'autre du spectre, 72 % des sympathisants du PCQ se situent au centre-droite ou à droite.
Les scores moyens des deux partis sont d'ailleurs presque parfaitement symétriques : 1,5 pour QS et 3,9 pour le PCQ, soit environ 1,2 point de chaque côté de la moyenne québécoise de 2,7.
Cette symétrie (presque accidentelle considérant que les données contiennent de l’incertitude) illustre bien une partie de la structure actuelle de la politique québécoise : deux formations situées aux extrémités du spectre rassemblent des électorats fortement polarisés, tandis que trois autres partis se disputent essentiellement un vaste espace politique situé autour du centre.
Les sondages demandent souvent aux électeurs ce qu'ils pensent des partis politique ou de leurs chefs, mais plus rarement leur demande-t-on où ils situent leurs propres convictions politiques. La nuance est importante, puisqu'un électeur peut appuyer un parti sans partager chacune de ses positions.
C’est certainement un exercice que nous allons répéter dans le futur.
Dans une prochaine chronique, nous pousserons l'exercice plus loin en examinant comment les Québécois se positionnent selon leur âge, leur région, leur langue et d'autres caractéristiques démographiques.
C’est donc à suivre.
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J'ai plusieurs nuances à apporter aux résultats de ce sondage .
1- Les Québécois sont beaucoup moins familiers que les Européens avec les notions de partis de gauche et de droite. Nous n'avons pas cette tradition de partis qui s'identifient comme "communistes ou socialistes" et même les partis "conservateurs "ne disent jamais qu'ils sont de droite
Les journalistes utilisent ce vocabulaire , mais plusieurs citoyens sont en réalité de droite et ne le réalisent pas vraiment.D'autres se disent de gauche mais ils ne le sont pas réellement.
2- Pendant longtemps au Québec, il était très gênant de se dire de droite .Personne n'osait le dire. Encore aujourd'hui, plusieurs n'osent pas s'afficher de droite ou même conservateur. .Ces personnes auront tendance à dissimuler leurs opinions de droite même dans les sondages.
3-Phénomène bien connu des sociologues : les répondants ont tendance à trop bien s’évaluer lors des enquêtes sur l’alimentation, l’exercice physique, la consommation d’alcool, la vitesse au volant,. Ce réflexe de la bonne réponse se produit aussi en politique. Il est plus facile de se définir de centre que de risquer de passer pour un réactionnaire ou un extrémiste.
Conclusion : je crois que ce sondage surreprésente la gauche et sous-représente la droite.
Jean Paul Dubreuil