Ça se corse
Le PQ demeure en tête, mais son avance s’effrite. La course à la chefferie de la CAQ s’invite dans l’équation. Le portrait de 2026 devient plus en plus incertain.
Bonjour chères lectrices et chers lecteurs de Qc125,
Un nouveau sondage québécois de la maison Léger indique que les cartes se brouillent sérieusement dans le paysage politique québécois. Le Parti québécois demeure en tête, tant à l’échelle nationale qu’au sein de la majorité francophone, mais les chiffres suggèrent que sa position est désormais beaucoup moins confortable qu’elle ne l’était à l’automne dernier.
Arrêtons-nous sur quelques données clés de ce sondage Léger. Deux volets retiennent particulièrement l’attention : les intentions de vote et le face-à-face caquiste Fréchette-Drainville.
Intentions de vote : ça se corse
Les troupes de Paul St-Pierre Plamondon demeurent au sommet, tant à l’échelle nationale qu’auprès de la majorité francophone, mais l’avance observée à l’automne dernier semble s’être érodée. Selon Léger, le PQ obtient 32 % des intentions de vote parmi les électeurs décidés, soit six points d’avance sur le Parti libéral du Québec (26 %). On retrouve ainsi des niveaux comparables à ceux du début novembre, avant l’implosion de la chefferie de Pablo Rodriguez.
La CAQ, maintenant engagée dans une course à la chefferie qui commence à se définir (nous y reviendrons plus bas), récolte 17 % des appuis — un score supérieur à celui mesuré par Pallas tout juste après la pause des Fêtes, mais néanmoins désastreux pour un gouvernement sortant.
Le Parti conservateur du Québec se maintient à 14 %, tandis que Québec solidaire poursuit sa chute avec seulement 7 % d’appui — soit essentiellement la moitié du résultat obtenu sous Gabriel Nadeau-Dubois en 2022.
Bonne nouvelle pour le Parti québécois : malgré un recul de trois points depuis décembre, son avance auprès des électeurs francophones demeure substantielle — 18 points devant la CAQ et 23 points devant le PLQ.
On observe également une hausse statistiquement significative du PLQ depuis le débat de Rodriguez, sa part passant de 11 % à 16 %.
Ces chiffres seront intégrés à la projection Qc125 sous peu, et une mise à jour complète est prévue en début de semaine.
Tous les chiffres de ce sondage se trouvent ici.
Fréchette se démarque, mais peu d’électeurs suivent la course
Il ne s’agit pas ici d’une prédiction quant à l’issue de la course, mais Bernard Drainville n’aurait pu, même dans le pire de ses cauchemars, imaginer un sondage plus défavorable. Non seulement sa cote personnelle a-t-elle subi un net recul par rapport à décembre, mais il se fait désormais dépasser en appréciation par une rivale encore largement méconnue du grand public. Pire encore, les chiffres suggèrent que Drainville pourrait couler la CAQ davantage. Ce n’est pas peu dire.
Encore une fois, il ne s’agit pas d’une projection, mais d’un constat basé sur les données. Regardons-les de plus près.
À la question « Dans quelle mesure suivez-vous la course à la chefferie de la Coalition avenir Québec ? », seulement 8 % des répondants du panel Léger affirment suivre cette course — qui élira pourtant le prochain premier ministre — avec beaucoup d’intérêt. C’est très peu.
En incluant ceux qui disent la suivre avec assez d’intérêt, la proportion grimpe à 33 %. Autrement dit, une majorité claire des électeurs demeure peu ou pas attentive à la première course à la chefferie de l’histoire de la CAQ.
En janvier, j’écrivais que les prétendants caquistes potentiels étaient largement inconnus du public, selon le plus récent baromètre Léger des personnalités politiques, à l’exception de Bernard Drainville.
C’était encore plus vrai dans le cas de Mme Fréchette : au moment du sondage à la mi-décembre, seulement 22 % des répondants avaient une opinion favorable d’elle, contre 12 % une opinion défavorable. Les deux tiers n’avaient pas d’opinion ou ne la connaissaient pas — un immense déficit de notoriété.
Drainville, pour sa part, affichait alors une cote presque neutre : 34 % d’opinions favorables contre 37 % de défavorables, pour un solde net de −3.
Les chiffres ont basculé depuis.
En l’espace d’un mois seulement, le score d’appréciation net de Bernard Drainville a chuté de 16 points : 46 % d’opinions défavorables contre 27 % de favorables, pour un différentiel de −19.
À l’inverse, Mme Fréchette voit son score net passer de +10 à +21 (39 % d’opinions favorables contre 18 % de défavorables).
À la question « Selon vous, qui ferait le meilleur chef pour remplacer François Legault à la tête de la Coalition avenir Québec ? », 34 % des répondants choisissent Fréchette, contre seulement 10 % pour Drainville — un ratio de plus de trois pour un en faveur de la ministre de l’Économie.
Fréchette devance Drainville dans tous les découpages démographiques : chez les hommes, les femmes, les plus jeunes comme les plus âgés. Auprès de la majorité francophone, elle récolte 41 % contre seulement 12 % pour son rival.
Plus préoccupant encore pour Bernard Drainville, ce qu’il reste de la base électorale caquiste penche largement en faveur de Fréchette. En ventilant les résultats selon les intentions de vote, on observe que 59 % des électeurs caquistes la privilégient, contre 22 % pour Drainville.
En fait, Fréchette devance Drainville auprès des partisans de chacun des partis en lice.
Enfin, Léger a testé des scénarios hypothétiques d’intentions de vote si Fréchette ou Drainville se retrouvait à la tête de la CAQ. Là encore, les résultats sont très défavorables à Bernard Drainville.
Ces scénarios demeurent hypothétiques et doivent être interprétés avec prudence, mais ils sont néanmoins éclairants. Avec Fréchette comme cheffe de la CAQ, 25 % des répondants se disent prêts à appuyer de nouveau la Coalition avenir Québec, une hausse qui se ferait à la fois aux dépens du PQ et du PLQ.
Lorsque le nom de Bernard Drainville est inséré dans la question, la CAQ recule davantage, passant de 17 % dans la question générique à 15 %.
Les courses à la chefferie ne se gagnent pas à coups de sondages hypothétiques, mais bien en recrutant de nouveaux membres et sympathisants — et en vendant beaucoup de cartes. Cela dit, de nombreux militants cherchent d’abord un chef ou une cheffe capable de gagner une élection. Nous avons observé exactement ce phénomène l’an dernier avec Mark Carney et les libéraux fédéraux.
Il reste encore deux mois à cette course à la chefferie, qui se conclura le 12 avril. Beaucoup d’eau coulera donc sous les ponts d’ici là. Mais à la ligne de départ, Mme Fréchette détient une avance nette sur son rival. Reste à voir si elle saura la conserver jusqu’à la ligne d’arrivée.
Nous publierons demain une mise à jour complète de la projection Qc125.
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